vendredi 20 avril 2012

Nucléaire : EDF sous pression après l'incident inédit de Penly


Nucléaire : EDF sous pression après l\'incident inédit de Penly



Cumulant une fuite d'huile, un incendie et une fuite d'eau radioactive, l'incident qui a eu lieu le 5 avril sur la centrale nucléaire de Penly est une première en France.





EDF pourrait devoir attendre trois mois avant de redémarrer le réacteur n° 2 de la centrale de Penly (Seine-Maritime), qui a fait l'objet d'un incident inédit sur le parc nucléaire français. Le 5 avril, vers midi, les pompiers sont intervenus pour éteindre deux départs de feu dans le bâtiment réacteur, le lieu le plus sensible d'une centrale. Dans la soirée, l'électricien a mis en place son « plan d'urgence interne » à la suite d'une fuite d'eau radioactive dans le circuit primaire. Tout est rentré dans l'ordre dans la nuit, mais EDF semble avoir évité de peu un accident nucléaire plus grave. Un an après Fukushima, l'électricien tricolore marche sur des oeufs.
« Est-ce qu'un événement identique s'est déjà produit en France ? La réponse est non, admet Simon Huffeteau, chef de la division de Caen de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il n'y a jamais eu un événement cumulant un incendie, l'arrêt du réacteur et une rupture de joint sur la pompe primaire. » Le gendarme de l'atome a provisoirement classé l'événement au niveau 1 sur l'échelle internationale des accidents nucléaires, qui va jusqu'à 7 (Fukushima). Il a donné deux mois à EDF pour faire un compte rendu sur cet «  événement  significatif ».
Quatre anomalies se sont produites dans le circuit primaire de Penly 2. Premièrement, la fuite du réservoir d'huile d'une pompe servant au refroidissement du réacteur. Entre 500 et 1.000 litres d'huile se sont échappés. C'est la première fois qu'une telle fuite a lieu dans le bâtiment réacteur d'une centrale française. Deuxième anomalie : deux flaques d'huile ont commencé à brûler, avant que les pompiers n'interviennent. Selon Dominique Minière, directeur de la production nucléaire chez EDF, un départ de feu dans un bâtiment réacteur peut arriver. « Il y en a eu 4 entre 2000 et 2010 », dit-il, sans minimiser l'incident.
Troisième problème : la dégradation d'un joint de la pompe, conduisant à une fuite d'eau avec un débit de 2.300 mètres cubes par heure au sein du circuit primaire. La centrale de Penly avait déjà connu une fuite de ce genre en 2008. « Mais l'eau ne s'est pas répandue dans le bâtiment réacteur » souligne Thierry Charles, directeur de la sûreté à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Environ 1 mètre cube d'eau a été collecté dans un circuit prévu à cet effet. Les choses auraient pu se gâter si un deuxième, voire un troisième joint avait lâché. La pompe aurait alors rompu et des milliers de mètres cubes d'eau radioactive se seraient échappés dans le bâtiment.
Ce scénario noir ne s'est pas produit, mais tout ne s'est pas passé comme prévu pour autant. C'est la quatrième anomalie : deux vannes censées canaliser les fuites du circuit primaire se sont refermées de manière inattendue. « Si cela avait duré beaucoup plus longtemps, il y aurait sans doute eu des difficultés » , reconnaît Simon Huffeteau.
Reste à expertiser cet enchaînement sans précédent. EDF devra d'abord ouvrir la cuve et décharger les assemblages de combustibles. « Ce sera plus long qu'une simple intervention sur un joint et durera quelques semaines » admet Dominique Minière. L'intervention devra peut-être attendre les prochains travaux de maintenance, prévus début juin. Il n'est pas impossible qu'au total l'arrêt dure trois mois. Un manque à gagner en production de plus de 100 millions d'euros, selon les analystes.
De façon exceptionnelle, le redémarrage du réacteur est soumis à l'autorisation de l'ASN. Au-delà, le gendarme du nucléaire veut vérifier si un tel événement pourrait se produire ailleurs. « Il faut analyser toutes les pompes du parc, estime Alain Correa, du réseau Sortir du nucléaire. Il y a 58 réacteurs avec trois ou quatre pompes primaires par réacteur, sans compter les vannes. On ne peut pas prendre le risque qu'elles ne fonctionnent pas ! » EDF n'exclut pas un défaut générique, mais veut attendre les conclusions des experts pour en juger.
THIBAUT MADELIN
vía Les Echos

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire