mardi 1 mai 2012

Fukushima : le début de la catastrophe, c’est maintenant


souce:
http://blogs.mediapart.fr/blog/gabriel-r/290412/fukushima-le-debut-de-la-catastrophe-c-est-maintenant


La crise économique européenne, les présidentielles en France, il n’en faut pas plus pour que nous en oubliions la catastrophe de Fukushima de mars 2011. Pourtant, la crise est loin d’être terminée, c’est même tout le contraire. TEPCO ajoute à la malchance ses boulettes et le risque d’assister à une catastrophe sanitaire majeure, loin d’être écarté, devient petit à petit une effrayante réalité. Comme il est de coutume dans ce genre de crise, ce n’est pas sur le gouvernement que la population peut compter.
Il y à peine 4 jours, le 24 avril dernier, la chaine d’information japonaise ANN News diffusait un très inquiétant reportage sur la situation de la piscine à combustibles usés du réacteur 4 de la centrale de Fukushima. Cette information n’a tout simplement pas du tout été relayée par les média français, et très peu de média européens. Voici le reportage en question (en japonais).
La situation est très critique attendu que cette piscine à combustibles usés, des matériaux très hautement radioactifs dont un contact de seulement 10 minutes suffirait à tuer une personne, est pleine. Ces matériaux accusent une radioactivité au Cesium 137 dans des proportions 10 fois supérieures et pour des quantités de matériaux 85 fois supérieures à ce que nous avons connu au coeur de la catastrophe de Tchernobyl. Dans ce contexte, le traitement de l’information par les chaînes de télévision locales a de quoi faire froid dans le dos, comme en seconde partie de ce documentaire dans lequel le journaliste affirme benoîtement qu’en fait, la nourriture n’est pas si contaminée que ça… japonaises, japonais, dormez tranquilles, #toutvabien®

Des choix douteux

Sur la figure ci-dessous qui présente l’architecture du réacteur de type Mark-1, on peut prendre conscience du risque d’un affaissement de la structure, un risque bien réel, craint par les autorités comme le relate le reportage d’ANN News. La centrale, oeuvre de General Electric, comporte placée dans un coin une structure plaçant l’eau en hauteur et dans laquelle les barres à combustibles trempent. Dans un pays à l’activité sismique notoire, ce simple fait a déjà de quoi interpeller.
Pour pallier un affaissement de la structure, TEPCO prévoit donc de pomper l’eau de la piscine afin de la rejeter… dans l’océan. La récupération des barres de combustible est prévue par l’entreprise pour 2013. La sécurisation de la structure quant à elle n’est pas prévue par TEPCO avant 2025 !
Les débris radioactifs, au lieu d’être traités dans la zone interdite, circonscrite dans un rayon de 20 kilomètres autour des réacteurs, sont envoyés aux quatre coins du pays pour être incinérés. Même si des filtres capturent une partie des particules de fumée radioactive, on se doute bien que celle-ci contamine tout le pays. Et il n’y a pas que les débris contaminés qui posent problème.
Ainsi, à Okinawa on a relevé une contamination. Des gens sont tombés malades, et ce n’est qu’après deux mois d’enquête que le pot aux roses a été découvert : une pizzeria du coin a continué d’acheter du bois pour son four à pizza à son fournisseur basé dans le Tohoku, précisément la région dans laquelle se trouve la préfecture de Fukushima. Le bois qui cuisait les pizzas était contaminé à hauteur de plus de 9000 becquerels par kilos !

Les secousses continuent à endommager la structure fébrile de la centrale

Le 13 avril 2012, l’activité sismique de l’île pourrait bien avoir eu un impact sur la structure de ce qu’il reste de la centrale.  Les autorités se sont bien gardées de communiquer sur les effets de ces nouvelles secousses. Sur la carte ci-dessous, en regardant attentivement, on peut se rendre compte de la proximité de l’épicentre avec Fukushima. À Fukushima même, les secousses ont atteint une magnitude de 5,9 sur l’échelle de Richter. TEPCO en avait alerté le gouvernement japonais par le biais d’un fax… le gourvernement japonais a préféré étouffer cette information.
Lire le rapport :
1 of 8 | 56.4MB | 68 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVTDByQWhlYXdRemF0YWhHdmpOSkRNQQ
2 of 8 | 49.3MB | 56 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVUXlQVnJlWVNUSS1PeXY4dzExUDdTQQ
3 of 8 | 31.2MB | 36 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVOXVBRG5paTZUMUNJd25VbGRiNzRaQQ
4 of 8 | 52.9MB | 61 pages: https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVOXRqcmZUaV9SRU9uOW1OaVZJZzQ5QQ
5 of 8 | 39.4MB | 48 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVOVV2V1pTR0hRNkNDU2FneDdFdmpuQQ
6 of 8 | 39.2MB | 51 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVeTdhNjFvMVZTV2UzVUludktNNWtkZw
7 of 8 | 32.4MB | 58 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVS2JtRkEtUUVUNUNpRUtCUjhHSGFUQQ
8 of 8 | 38.9MB | 69 pages : https://docs.google.com/open?id=0B4LtoFnyxqmVQkJkQ05QV0tRaHFjM0tZVHRsajlMZw

De l’eau contaminée dont on ne sait comment se débarrasser

Sur la photo illustrant cet article, on peut voir le stock d’eau contaminée dont il va bien falloir faire quelque chose. Jusque là, cette eau était traitée à posteriori. Mais voila que TEPCO accuse maintenant un déficit entre eau usagée et contaminée, et eau injectable pour refroidir le combustible. Encore un sérieux sujet d’inquiétude.
Selon le METI (Ministry of Economy, Trade and Industry), dans ce document en mars, le réacteur 2 aurait recraché 7 millions de becquerels/heure. Le vent poussant naturellement les particules vers l’est, c’est dans l’océan Pacifique que ces particules se sont déversées.
Le cauchemar ne s’arrête pas là. Les containers qui stockent ces eaux contaminées accusent des fuites ; cet hiver, les tuyaux ont gelé, ce sont pas moins de 600 litres d’eau très hautement radioactive qui ont fui avant que TEPCO ne s’en rende compte ! Ces réservoirs, d’une contenance de 40 000 tonnes d’eau radioactive, ont une fâcheuse tendance à connaître régulièrement des fuites.

La population s’organise face à la propagande gouvernementale

Le projet Citizen Radioactivity Mesuring Station effectue une veille active sur les mesures de radioactivité. Petit problème, les données qui y sont relevées par les citoyens tranchent particulièrement avec ce qu’il convient bien de qualifier de  propagande gouvernementale.
Mais la propagande ne s’arrête pas à des mesures de radioactivité sous-estimées ou bidonnées, le gouvernement a même financé des spots publicitaires incitant les japonais à consommer des fruits et légumes ultras contaminés, provenant de la région de Tohoku. Dans ce spot publicitaire totalement surréaliste, c’est le chanteur d’un célèbre boys band local qui incite la population à consommer ces fruits et légumes, un geste patriote pour aider la région de Tohoku. Le chanteur du boys band que l’on peut voir dans ce clip a été hospitalisé il y a une dizaine jours. Ce même chanteur, véritable ambassadeur de la propagande, s’est rendu il y a peu à Tchernobyl dans le cadre du tournage d’un autre spot de propagande également financé par le gouvernement japonais, dans lequel il expliquait que Fukushima c’était comme Tchernobyl aujourd’hui, et qu’il n’y avait en gros aucun risque. Et dans ce clip, il y a d’ailleurs une perle. On peut y voir notre chanteur, muni d’un anthropogammamètre (whole body counter en anglais) servant à mesurer la contamination d’un corps humain. Pendant que la voix off parle on voit rapidement le résultat : 32bq/kilos… une dose impressionnante dont ce documentvous donnera idée.
Une autre star locale, le bassiste du groupe Dragon Ash, âgé de 46 ans, est mort en début de semaine de complications cardiaques. Ces cas sont appelés à se multiplier, tout comme en Biélorussie où le nombre d’anomalies cardiaques a quadruplé depuis la catastrophe de Tchernobyl. Le syndrome est bien connu, il porte d’ailleurs le nom de Chernobyl Heart Disease
Sur cette vidéo, une personne relève une radioactivité supérieure à 344 microsieverts/h ! À titre de comparaison, la moyenne en Ile-de-France est de 0.12 microsieverts/h.
Dès avril 2011, on observait au Japon des mutations des pissenlits comme l’explique cette chaîne de télévision japonaise.
Voici l’un des rares blogs scientifiques japonais qui dénonce cette propagande du gouvernement en se basant sur les mesures d’un habitant de la zone de la préfecture de Mie, prévoyant à l’horizon mars 2015 une radioactivité inacceptable.
Voici enfin les relevés de la faculté de médecine de Fukushima.
Une chose est bien certaine, Fukushima, c’est un peu comme la crise économique qui frappe l’Europe : le pire est bien devant nous.
Merci à Laurent

samedi 28 avril 2012

Rencontre avec un liquidateur de Fukushima : « C’est l’enfer »

souce Rue89 Planète http://www.rue89.com/comment/3039072



Des travailleurs dans le centre d’urgence de la centrale Fukushima Daiichi, le 28 février 2012 (Kimimasa Mayama/Reuters)
Rares sont les employés de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi à parler de leur mission à haut risque. Un volontaire a accepté de témoigner. Un kamikaze de l’atome fier d’aider son pays.
(De retour d’Iwaki)
« Je crois que mon chef nous a vus ensemble ! Il faut sortir du magasin. »
Takehiro – le prénom a été changé – est pris d’une montée de stress en plein rayon surgelés du FamilyMart d’Iwaki, une ville située à une quarantaine de kilomètres de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi.
Ce Japonais de 48 ans vient d’apercevoir le patron de son entreprise.
« S’il se rend compte que je suis avec un journaliste, je vais avoir de gros problèmes. »
Takehiro n’est pas autorisé par sa boîte à parler aux médias. Il a néanmoins accepté de mettre en danger sa nouvelle « carrière » pour évoquer ses conditions de travail.

Plus de 3 000 liquidateurs au casse-pipe

Prendre des risques est devenu une routine pour Takehiro. Il travaille sur le site ultracontaminé de la centrale dévastée par le tsunami, le 11 mars 2011. Cet homme est un liquidateur, un terme utilisé depuis Tchernobyl pour désigner le personnel envoyé au casse-pipe après un accident nucléaire. Ils sont plus de 3 000 à intervenir comme lui quotidiennement pour décontaminer la centrale ou refroidir les réacteurs.
Depuis le mois de mai, il participe à la construction des cuves : près de 1 000 d’entre elles contiennent déjà 100 millions de litres d’eau très radioactive. De l’eau utilisée pour refroidir les réacteurs. L’employé ne veut pas donner de détails sur sa tâche. Si ce n’est qu’il travaille hors du bâtiment de la centrale.
« Mais j’aimerais être à l’intérieur. Je m’y sentirais encore plus utile. Peut-être parce que je suis un peu kamikaze. »
Takehiro veut être au cœur de la « bête ». Comme si trimer dans un milieu contaminé jusqu’à 13 microsieverts par heure (µSv/h), c’est-à-dire 113,9 millisieverts par an (mSv/an) – plus de cent fois le niveau annuel de radioactivité toléré pour la population au niveau international –, ne lui suffisait pas.
« Je sais que c’est hyper radioactif. Parfois, j’ai encore peur. C’était surtout le cas au début. Maintenant, le danger fait partie de ma vie. Peut-être que dans cinq à dix ans je sentirai les effets. »

« Ils s’évanouissent tellement il fait chaud »

D’ici là, il aura déjà quitté la centrale. Un liquidateur ne fait pas de vieux os sur un site aussi irradié. En mars 2011, Tepco, propriétaire de Fukushima Daiichi, a relevé le plafond de la limite d’exposition de 20 mSv/an à 250 mSv/an afin de pouvoir réquisitionner plus longtemps les liquidateurs. Takehiro ne semble visiblement pas au courant.
« Je travaille pour le sous-traitant d’une entreprise partenaire de Tepco. La limite est de 30 mSv. Au-delà, on ne peut plus venir travailler. »
L’employé a encore de la marge, puisqu’il a encaissé pour l’instant 20mSv en moins d’un an.
L’homme est pourtant mis à rude contribution. Engagé en mai 2011, il a travaillé tous les jours durant les quatre premiers mois. Pas une matinée ou un après-midi de repos durant cette phase d’urgence. Depuis septembre, il a droit à six jours par mois. Les vacances ? Un concept abstrait pour lui. Son contrat ne le mentionne pas. En moyenne, il ne sue pas plus de trois heures par jour afin d’éviter une trop longue exposition à la radioactivité. Bien assez au vu des conditions de travail dantesques. En particulier en été, quand la température peut frôler les 40°C.
« A cause de la combinaison, on transpire énormément. Des travailleurs s’évanouissent tellement il fait chaud. C’est l’enfer. »
Et pas question de boire ou de manger pendant le service : l’entreprise le leur interdit. Takehiro s’en moque :
« J’enlève parfois mon masque pour fumer ou pour boire une bouteille d’eau en cachette. C’est dangereux, mais je ne peux pas attendre la fin du travail. Si Tepco sait cela, je suis viré. »

De l’eau radioactive qui fuit dans le Pacifique

Des failles dans la sécurité, Takehiro en observe souvent. Parfois, l’eau hautement radioactive fuit dans le Pacifique ou s’échappe d’une cuve.
« Un jour, l’eau a même jailli du réservoir. Mieux vaut ne pas se trouver à proximité. Normalement, l’alarme nous prévient. Mais il arrive qu’elle ne fonctionne pas. »
Au 31 janvier 2012, sur les quelque 20 000 personnes qui sont intervenus sur le site, 167 ont déjà été gravement irradiées (plus de 100 mSv). Six autres employés sont décédés, mais Tepco a affirmé que ces décès n’étaient pas liés à la radioactivité. « J’ai aussi entendu des histoires de travailleurs qui ont vu le nombre de leurs globules blancs chuter », ajoute Takehiro.
Pas de quoi le décourager pour autant. Même pas son salaire de la peur : 18 000 yens par jour seulement (167 euros). Sans prime de risque, bien sûr. Ceux qui ne sont pas qualifiés gagnent à peine 8 000 yens (74 euros).
« Je m’en fiche, je ne travaille pas pour l’argent. Je suis heureux de faire ce boulot. »

« Etre un héros de films américains »

Et il en est fier en plus. Lui qui s’est porté volontaire pour cette mission quasi suicidaire... Lui qui menait une vie peinard de chauffeur de camion sur l’île de Kyushu, au sud de l’archipel. Jusqu’à ce que le tsunami détruise la centrale.
« Quand j’ai vu ça à la télé, je me suis dit que le pays allait sombrer dans le chaos. Il fallait que je fasse quelque chose pour le Japon. C’est à notre génération de faire cela. Pas aux jeunes. »
Takehiro le patriote surfe alors sur les sites internet pour débusquer les appels aux volontaires. Il décroche un emploi dans une petite entreprise de construction. Divorcé – il a un fils à Tokyo –, il emménage en mai 2011 près d’Iwaki et se met illico à la tâche. Avec un sens du sacrifice propre aux Japonais :
« Je suis prêt à donner ma vie pour mon pays. Je pense que ce qui se passe ici, c’est comme une guerre. Fukushima Daiichi c’est notre champ de bataille... »
Une bataille loin d’être gagnée par l’armée de l’ombre de Tepco, qui se donne quarante ans pour assainir la centrale.
« Je suis d’une génération de Japonais qui aimerait être un héros de films américains. »
Et qui sont aussi prêts à mourir en héros ?

vendredi 20 avril 2012

Nucléaire : EDF sous pression après l'incident inédit de Penly


Nucléaire : EDF sous pression après l\'incident inédit de Penly



Cumulant une fuite d'huile, un incendie et une fuite d'eau radioactive, l'incident qui a eu lieu le 5 avril sur la centrale nucléaire de Penly est une première en France.





EDF pourrait devoir attendre trois mois avant de redémarrer le réacteur n° 2 de la centrale de Penly (Seine-Maritime), qui a fait l'objet d'un incident inédit sur le parc nucléaire français. Le 5 avril, vers midi, les pompiers sont intervenus pour éteindre deux départs de feu dans le bâtiment réacteur, le lieu le plus sensible d'une centrale. Dans la soirée, l'électricien a mis en place son « plan d'urgence interne » à la suite d'une fuite d'eau radioactive dans le circuit primaire. Tout est rentré dans l'ordre dans la nuit, mais EDF semble avoir évité de peu un accident nucléaire plus grave. Un an après Fukushima, l'électricien tricolore marche sur des oeufs.
« Est-ce qu'un événement identique s'est déjà produit en France ? La réponse est non, admet Simon Huffeteau, chef de la division de Caen de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il n'y a jamais eu un événement cumulant un incendie, l'arrêt du réacteur et une rupture de joint sur la pompe primaire. » Le gendarme de l'atome a provisoirement classé l'événement au niveau 1 sur l'échelle internationale des accidents nucléaires, qui va jusqu'à 7 (Fukushima). Il a donné deux mois à EDF pour faire un compte rendu sur cet «  événement  significatif ».
Quatre anomalies se sont produites dans le circuit primaire de Penly 2. Premièrement, la fuite du réservoir d'huile d'une pompe servant au refroidissement du réacteur. Entre 500 et 1.000 litres d'huile se sont échappés. C'est la première fois qu'une telle fuite a lieu dans le bâtiment réacteur d'une centrale française. Deuxième anomalie : deux flaques d'huile ont commencé à brûler, avant que les pompiers n'interviennent. Selon Dominique Minière, directeur de la production nucléaire chez EDF, un départ de feu dans un bâtiment réacteur peut arriver. « Il y en a eu 4 entre 2000 et 2010 », dit-il, sans minimiser l'incident.
Troisième problème : la dégradation d'un joint de la pompe, conduisant à une fuite d'eau avec un débit de 2.300 mètres cubes par heure au sein du circuit primaire. La centrale de Penly avait déjà connu une fuite de ce genre en 2008. « Mais l'eau ne s'est pas répandue dans le bâtiment réacteur » souligne Thierry Charles, directeur de la sûreté à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Environ 1 mètre cube d'eau a été collecté dans un circuit prévu à cet effet. Les choses auraient pu se gâter si un deuxième, voire un troisième joint avait lâché. La pompe aurait alors rompu et des milliers de mètres cubes d'eau radioactive se seraient échappés dans le bâtiment.
Ce scénario noir ne s'est pas produit, mais tout ne s'est pas passé comme prévu pour autant. C'est la quatrième anomalie : deux vannes censées canaliser les fuites du circuit primaire se sont refermées de manière inattendue. « Si cela avait duré beaucoup plus longtemps, il y aurait sans doute eu des difficultés » , reconnaît Simon Huffeteau.
Reste à expertiser cet enchaînement sans précédent. EDF devra d'abord ouvrir la cuve et décharger les assemblages de combustibles. « Ce sera plus long qu'une simple intervention sur un joint et durera quelques semaines » admet Dominique Minière. L'intervention devra peut-être attendre les prochains travaux de maintenance, prévus début juin. Il n'est pas impossible qu'au total l'arrêt dure trois mois. Un manque à gagner en production de plus de 100 millions d'euros, selon les analystes.
De façon exceptionnelle, le redémarrage du réacteur est soumis à l'autorisation de l'ASN. Au-delà, le gendarme du nucléaire veut vérifier si un tel événement pourrait se produire ailleurs. « Il faut analyser toutes les pompes du parc, estime Alain Correa, du réseau Sortir du nucléaire. Il y a 58 réacteurs avec trois ou quatre pompes primaires par réacteur, sans compter les vannes. On ne peut pas prendre le risque qu'elles ne fonctionnent pas ! » EDF n'exclut pas un défaut générique, mais veut attendre les conclusions des experts pour en juger.
THIBAUT MADELIN
vía Les Echos